postheadericon "LE NOUVEL OBSERVATEUR" 7 avril 2004

 

 

Louise Gaggini

La Résultante ou Claire d'Algérie

 

Claire voix

 

Une fresque violente et généreuse de l'Algérie colonisée, vue à travers le regard de Claire, adolescente à l'enfance blessée. Rencontre avec Louise Gaggini.

La chevelure de Louise Gaggini est si flamboyante qu'il faudrait, pour elle inventer une expression nouvelle : blond florentin plutôt que vénitien. Car la belle est d'origine toscane par son père. Une fois repérée sa toison où l'or roux coule à flots, on la trouve attablée dans le café du rendez-vous avec une vieille dame portant canne qui lui parle d'une famille partie planter des vignes en Algérie. A les voir si enjouées dans leurs échanges, on jurerait que ces deux-là se connaissent depuis longtemps. Non ! Elles viennent de se rencontrer. Elle est comme ça, Louise. On va vers elle et elle va vers les autres. Une intuitive, une généreuse, une tactile. « Et aussi un brin médium... », ajoute-t-elle en plantant l'amande grise de ses yeux dans les vôtres... « Je ne crois pas au hasard, la preuve, cette rencontre... » De fait, le livre de Louise raconte lui aussi l'histoire d'une famille de colons partie planter des vignes en Algérie. De ce pays, ce roman sensuel colporte les effluves, les moiteurs, musc, jasmin, olives, cumin, mais aussi – plus âcre dans la gorge –, graisse d'agneau rancie, sueurs mêlées. Des senteurs qui imprègnent tout « Même l'amour en avait le goût », écrit Louise.

Pour Claire, l'adolescente débarquée de son pensionnat perdu dans les brumes et les champs labourés du Nord, c'est le choc des sens. Une grande claque de bleu, de blanc, de brise, de bruits et d'odeurs dont elle ignorait jusqu'à l'existence. Tout son être s'ouvre alors à la lumière de ce pays, qu'elle découvre pour y rejoindre sa mère. La scène se passe en 1961. Partout autour de Claire, la ville blanche explose. Tout n'est que désordre, violences et blessures. De récits en légendes, la jeune fille recompose la mosaïque troublée d'un siècle de colonisation, à travers une famille française et une galerie de personnages bougrement attachants, Moktar, Moshé et surtout Fatima, dont le lait a nourri aussi bien Ahmed que Sauveur... Dans cette Algérie qui éclate de toutes parts, Claire, l'anorexique séparée d'un père adoré et d'une mère tyrannique, va se frayer un chemin de salut. Des faits dans lesquels on reconnaît des éléments autobiographiques.

Le père de Louise était, en effet, sculpteur d'origine Toscane et sa mère, Oranaise d'origine Andalouse, danseuse de flamenco et séductrice. « Avec ce livre, j'ai voulu partir à la recherche de mes origines à la fois juives, chrétiennes et musulmanes, j'ai inventé un monde car ma mère ne m'a laissé aucun souvenir: Mais tout n'est pas autobiographique, précise Louise. Ma mère était animale, charnelle, mais pas du tout odieuse. » Comme Claire, la petite Louise attendait tous les soirs le retour de son père derrière la fenêtre. Plus que mutique, elle était autiste. « Jusqu'à l'âge de 4 ans, je ne parlais pas et je ne marchais pas, explique la romancière. De cette époque, je garde des souvenirs de détresse absolue. Derrière ma fenêtre, je percevais toutes les émotions... »

Une période source où cette artiste complète (elle est aussi peintre et pianiste) a sans doute puisé cette belle sensibilité qui lui a fait écrire ce livre vibrant de lumière, d'odeurs et de fraternité.

 

Fabienne Jacob. Nouvel Observateur

 

Le Nouvel Observateur

Un siècle de tumulte, de bonheur, de blessures, et le regard innocent de la petite Claire sur une Algérie redonnée enfin en partage à chacun d'entre nous. Dans un monde aujourd'hui déchiré, ce roman entre tendresse et fraternité arrive comme un point d'orgue. Une écriture concise. Un livre magistral.

 

Richard Cannavo